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Malaise dans le travail, harcèlement moral : déméler le vrai du faux

Publié en 1998, le livre de Marie-France Hirigoyen, Le Harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, a rencontré un succès considérable et … inattendu : ce succès a révélé un phénomène de société dont on ignorait jusque-là l'ampleur dans le monde du travail. On connaît la suite : la déferlante des témoignages, l'incroyable médiatisation des "affaires" de harcèlement tant dans le privé que le public, les débats entre professionnels (médecins du travail, inspecteurs, syndicalistes, juristes, chefs d'entreprise), la création d'associations, les nombreux colloques organisés sur le thème, et enfin le projet de loi soumis par le groupe communiste à l'Assemblée nationale. Le harcèlement moral fait aujourd'hui débat et une mise au point s'imposait.
Prenant appui sur une enquête menée auprès des centaines de personnes qui lui ont adressé des témoignages écrits, Marie-France Hirigoyen affine ici son analyse et précise la notion, pour éviter que le terme soit utilisé abusivement et à contresens. Y a-t-il une spécificité de la victime? Un profil de l'agresseur? Des cas de fausses allégations? Comment démêler le vrai du faux? Qu'est-ce qui n'est pas du harcèlement moral? Comment repérer ce qui en est? Quels contextes de travail favorisent les procédés pervers? Ce livre, nourri de nombreux cas concrets, répond avec précision à ces questions, sans esquiver la complexité des situations.
Enfin, convaincue que l'organisation du travail est une donnée nécessaire mais pas suffisante pour expliquer le phénomène, l'auteur consacre la dernière partie du livre à la prévention sur le lieu de travail et auprès des professionnels, en redonnant un sens fort à l'éthique et à la responsabilité individuelle.

Un livre indispensable pour tous ceux qui sont concernés directement ou indirectement par le harcèlement moral.

Introduction

  • I. Sous les coups, quelles blessures
    • L'histoire de Diane et de Stéphane
    • la violence de Stéphane
      • la vulnérabilité de diane
      • Les vertus du conflit
      • La maltraitance managériale
      • Les agressions ponctuelles
      • D'autres formes de violences
      • Les mauvaises conditions de travail
      • Les contraintes professionnelles
    • 2. Ce qu'est le harcèlement moral
      • Comment en arrive-t-on à harceler quelqu'un ?
      • Comment blesser l'autre ?
      • En quoi est-ce pervers ?
    • 3. Les détournements du mot
      • Les positions victimaires
      • Le harceleur harcelé
      • Les fausses allégations de harcèlement moral
    • 4. Les différentes approches du phénomène
      • Le mobbing
      • Le bullying
      • Le harassement
      • Les whistleblowers
      • L'ijimé
  • II. Les résultats de l'enquête
    • 5. Quelques caractéristiques des victimes du harcèlement
      moral
      • La sanction de l'âge
      • Le harcèlement moral est-il sexué ?
      • Le harcèlement discriminatoire
    • 6. Les méthodes de harcèlement
      • Les agissements hostiles
      • Les différents types de harcèlement
      • La fréquence et la durée
      • Les arrêts de travail
      • Conséquences sociales et économiques
    • 7. Spécificités de certains secteurs d'activité
      • Le service public
      • Le secteur privé
      • La nouvelle économie
      • Le secteur associatif
      • Le sport
      • Le monde politique
  • III. Les conséquences sur la santé
    • 8. Les conséquences aspécifiques
      • Le stress et l'anxiété
      • La dépression
      • Les troubles psychosomatiques
    • 9. Les conséquences du traumatisme
      • Le stress post-traumatique
      • La désillusion
      • La réactivation des blessures passées
    • 10. Les conséquences spécifiques au harcèlement
      moral
      • La honte et l'humiliation
      • La perte de sens
      • Les modifications psychiques
      • La défense par la psychose
  • IV. Les origines du harcèlement
    • 11. Les contextes qui favorisent
      • La nouvelle organisation du travail
      • Le cynisme du système
      • La perversité du système
      • Le rôle facilitateur d'une société narcissique
    • 12. Ce qui se passe entre les personnes
      • Éloge du mouvement
      • Y a-t-il une spécificité de la victime ?
      • Y a-t-il un profil d'agresseur?
      • Ce qui ressemble à du harcèlement mais qui n'en est pas
      • Ce qui est destructeur mais pas forcément malveillant
      • Ce qui est malveillant mais pas toujours conscient
      • Les agresseurs malveillants: les pervers narcissiques
  • V. Que faire?
    • 13. Les intervenants
      • En interne
      • En externe
    • 14. La prévention
      • Au niveau de l'entreprise
      • Au niveau de la société et des personnes
      • Plan de prévention
      • Comment traiter une situation de harcèlement moral ?
    • 15. Les médiations
      • A quel moment faut-il passer le relais d l'extérieur ?
    • 16. Pourquoi faut-il une loi?

Conclusions et annexes

13 Mars 2001 : Libération
Harcelé ou Stressé?, par N.C.

Après le succès en librairies de son le Harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, paru en 1998 et vendu à 390 000 exemplaires, la psychiatre Marie-France Hirigoyen a repris la plume pour nous livrer, cette semaine, Malaise dans le travail, un deuxième ouvrage, prolongement du premier.

En deux ans, la question du harcèlement moral a mobilisé salariés, médecins et inspecteurs du travail, associations, syndicalistes, psychologues, avocats, y compris parlementaires puisqu'un projet de loi a été voté le 11 janvier. Un grand déballage utile mais excessif. "Toutes les personnes qui se disent harcelées ne le sont pas forcément", écrit Marie-France Hirigoyen qui entreprend, en préambule, de démêler le vrai du faux "Harceler, c'est soumettre sans répit à des petites attaques répétées". L'acte procède d'une réelle intention de nuire s'inscrivant dans la durée. Or, tous les chefs de service ne sont pas pervers, frustrés, jaloux, violents, ne passent pas l'essentiel de leurs heures de bureau, des années durant, à tenter de détruire le ou les personnes qu'ils jugent indésirables.

Mais le terme de harcèlement sonnait bien, on l'a donc mis à toutes les sauces. Commode, en effet, pour un paranoïaque - et ils seraient nombreux dans les entreprises à souffrir d'un sentiment de persécution - de se dire harcelé. Tentant de traiter son chef de service caractériel de harceleur. "Le comportement tyrannique de certains dirigeants qui font subir une pression terrible d leur entourage, sont violents, méprisants, insultants, ça n'est pas du harcèlement", précise la psychiatre. Lorsque tout le monde en prend pour son grade, c'est fâcheux mais nettement moins grave que lorsque l'attaque est dirigée vers un seul salarié et rarement repérable au premier coup d'œil Le harcèlement se nourrit de non-dits, non de conflits et de coups de gueule. Et s'il se nourrit aussi de stress, là encore, Marie-France Hirigoyen rectifie: "Dans le stress, contrairement au harcèlement, il n'y a pas d'intention malveillants le stressé est pressurise on lui en demande toujours plus, mais dans le but d'augmenter sa productivité pas de se débarrasser de lui".

A partir de centaines de lettres arrivées à son cabinet, elle a mené une enquête et dressé un portrait-robot de la victime de harcèlement Souvent âgée (62% ont plus de 45 ans), c'est majoritairement une femme (à 70%) harcelée par un homme qui est, dans 58% des cas, son supérieur hiérarchique. Le plus frappant dans cette enquête est sans doute la durée du harcèlement: en moyenne, il dure un peu plus de trois ans, entrecoupés d'arrêts de travail pour 74% des victimes. Dans 36% des cas, le harcelé finit par partir, 30% se mettent en longue maladie. "66% des personnes harcelées sont effectivement exclues du monde du travail au moins temporairement", note Marie-France Hirigoyen, qui consacre les derniers chapitres de son livre aux moyens de lutter contre le harcèlement et à ce qu'il faudrait faire pour prévenir et pas seulement guérir ce mal des bureaux.

12 Mars 2001 : Le Figaro Economie 12 Mars 2001
Haro sur le harcèlement, par Pierre Avril

Après avoir révélé un phénomène de société dans un premier livre sur Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, la psychiatre Marie-France Hirigoyen récidive en cherchant cette fois à mieux définir cette réalité. "Démêler le vrai du faux" est désormais l'ambition de cette praticienne qui a fait du harcèlement moral une cause militante. S'appuyant sur les multiples témoignages qu'elle a reçus à la suite de la publication de son précédent ouvrage, ainsi que sur les embryons d'études consacrés au sujet, l'auteur convie le lecteur à un voyage souvent familier, parfois angoissant, en compagnie de dirigeants "mégalomanes", de "chefs paranoïaques", de "pervers" et "d'obsessionnels". Mais tous ne sont pas en position hiérarchique (58 % des cas). Selon l'enquête conduite par Marie-France Hirigoyen, les collègues participent à hauteur de 12 % au harcèlement.

Il faut éviter de se "focaliser sur la personnalité de la `victime, ses faiblesses, ses défauts mais également se méfier dune approche qui considérerait le harcèlement comme inhérent au seul agresseur", prévient néanmoins l'auteur, qui invite à resituer ces déviances dans l'histoire des individus et dans le contexte des organisations professionnelles qui les laissent éclore. Ainsi, "les types de management participatif et libéral, jouant sur la séduction et l'adhésion aux valeurs" seraient plus propices au harcèlement moral, les "pires malveillances se rencontrant souvent dans les associations caritatives sans but lucratif" . De même, les salariés très investis dans leur. travail seraient plus souvent harcelés.
Dans tous les cas, la victime n'en sort pas indemne : elle "porte une cicatrice psychologique qui la fragilise et l'amène à vivre dans la crainte et à douter de tout et de tout le monde". Ce trouble pouvant même déboucher sur la psychose.. Exemple de cette comptable évincée de ses activités à l'arrivée d'un nouveau responsable. Aucune discussion n'est possible et l'employée ressent alors des troubles délirants. Elle a la conviction que ses voisins l'espionnent, que son téléphone est sur écoute, et elle entend des voix malveillantes. Seule la démission - l'issue la plus fréquente recherchée par les harceleurs - la guérira.

Mais ces pratiques, insiste Marie-France Hirigoyen, ont non seulement un coût psychologique, mais aussi économique. 36 % dés personnes harcelées ont bénéficié d'un arrêt de travail de 3 mois à 1 an, lorsqu'elles ne se retrouvent pas handicapées à la suite d'une tentative de suicide. Face à ce "gâchis", l'auteur soutient la future loi, déjà votée en première lecture au Parlement, qui sanctionne le harcèlement moral par le biais du code du Travail. Mais insiste surtout sur la prévention: "il faut une vraie volonté de changement, des entreprises, mais aussi de chacun des salariés..."

1 Mars 2001 : Psychologie Magazine
A propos de "Malaise dans le travail", par Patrick Conrath

Pour mieux cerner le harcèlement moral, l'auteur retient surtout la notion d'intentionnalité, associée à la volonté manipulatoire au mépris de la liberté d'autrui.

Un homme écrit: "De même que des mots peuvent tuer, votre livre peut sauver une vie". C'est dire combien le précédent ouvrage de Marie-France Hirigoyen sur le harcèlement moral avait fait grand bruit. Chacun découvrait ce qu'il savait déjà: l'entreprise est une jungle où bien souvent il faut "tuer" l'autre pour survivre. C'est que l'auteur avait, avec justesse, axé son propos sur la violence perverse, décrivant un certain nombre de comportements pervers, livrant en complément quelques conseils pratiques aux victimes potentielles afin de faire de la résistance sur le lieu de travail.

Cet ouvrage salutaire a donc été reçu un peu comme un mode d'emploi mais l'engouement provoqué par sa parution a aussi entraîné un certain nombre de confusions, voire d'amalgames.
L'auteur a voulu rectifier le tir en proposant une analyse plus fine, discriminant différentes situations de harcèlement à l'appui d'une enquête approfondie, issue de réactions du lectorat et de personnes directement concernées. Cette étude l'a conduite à une approche différentielle ébauchée à partir d'un certain nombre de précisions sémantiques, afin de cerner la véritable étendue de la définition du harcèlement moral en sachant que le mode d'agression dépend du milieu socio-économique dans lequel il s'exerce.

Le harcèlement doit avant tout être distingué du stress professionnel, des formes de violence plus directes, des mauvaises conditions de travail ou des contraintes professionnelles. De plus, la complexité des situations entraîne quelques retours inattendus.
En effet, un certain nombre de personnes peuvent s'installer pour des causes variées dans une position de victime. Le retournement de situation est aussi fréquent et certaines équipes n'hésitent pas à désigner un bouc émissaire comme "harceleur" pour se débarrasser d'un intrus dérangeant dans leur routine quotidienne un peu trop confortable. Enfin, les personnes structurées sur un mode paranoïaque, grands spécialistes des manipulations de situations ne sont pas en reste dans la démonstration brillante de ce genre de technique.

Pour mieux cerner le harcèlement moral, l'auteur retient surtout la notion d'intentionnalité, associée à la volonté manipulatoire au mépris de la liberté d'autrui. Un listing de procédés fort détaillés qui pour les uns relèvent de la stratégie plus ou moins avouable du milieu professionnel et pour d'autres sont la conséquence du fait que l'entreprise est une microsociété où tous les sentiments humains se jouent et se rejouent avec plus ou moins de sauvagerie, d'agressivité, en bref d'humanité. 

La pulsion d'emprise à laquelle l'auteur fait référence ne serait-elle pas comme le dit Roger Dadoun (1) pour le politique, l'essence même de l'entreprise?
Il est clair que certains milieux favorisent le harcèlement; on pourrait même avancer que plus les milieux sont peu organisés, plus les procédures de travail sont confuses et plus le champ du harcèlement peut se développer.
Le tertiaire est prédominant, avec une mention particulière pour le secteur médico-social, en bonne place dans le palmarès du harcèlement moral. Il est vrai qu'on ne prête qu'aux aux riches : plus on s'occupe des personnes démunies, plus on diminue les personnes qui s'en occupent. L'absence de rentabilisation, d'évaluation des missions entraîne des situations de harcèlement sans fin, et la "solution" souvent préconisée est la mise au placard de certains membres du personnel.

L'intrication des composantes individuelles et des dimensions sociales elles-mêmes très diversifiées ne facilitent guère la réponse à la question du "traitement". La multiplicité des causes entraînant la diversité des solutions, il faut prendre garde à bien différencier le niveau personnel du niveau organisationnel.

Devant cette avalanche de constats négatifs, on se dit qu' il reste peu de place pour une véritable prise de conscience du problème. Mais on ne saurait reprocher à Marie-France Hirigoyen de ne pas proposer de solutions miracles malgré les stratégies avisées qu'elle propose. En outre, son livre a au moins deux mérites : réitérer la dénonciation d'un état de fait qui ne fait scandale que depuis son premier livre, et apporter des éléments de jugement qui permettent aux victimes et à ceux qui doivent leur apporter leur aide d'être plus à même de répondre adéquatement à ce problème de société.

Notre économie ne produit pas que du profit ou du chômage: elle produit aussi des hommes et des femmes malades des uns et des autres, englués dans des rapports sociaux où l'idéologie du travail crée du négatif autant que de la production. Reste à éviter les effets pervers déjà observés précédemment : certains dirigeants intraitables recommandant chaudement la lecture de ce type d'ouvrage à leur personnel. Mais cela fait aussi partie de la perversité du système...

1. "D'un principe de terreur", Roger Dadoun, in Emprise et liberté, éditions L'Harmattan, 1990.