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Les nouvelles solitudes
© Éditions La Découverte & Syros, 2007

Dans toutes les sociétés développées, la montée de la solitude est devenue un phénomène social majeur. Alors que les interactions entre individus sont permanentes, voire envahissantes, de nombreuses personnes éprouvent un sentiment douloureux d'isolement. Et, en même temps, beaucoup d'autres font le choix de vivre seules.

Dans ce livre, la psychanalyste Marie-France Hirigoyen désire montrer que cette réalité est le fruit d'une mutation profonde des rapports hommes/femmes, encore inaboutie. Si les femmes ont enfin obtenu une autonomie nouvelle, dans le travail comme dans la sexualité, cette indépendance n'a pas été encore pleinement intégrée dans les mentalités. D'où une crise des rôles masculin et féminin et une précarisation des liens intimes. On constate un durcissement des relations dans le couple. Reflet aussi du durcissement du monde du travail. Et le surinvestissement dans la relation amoureuse s'accompagne d'une pratique croissante du 'couple en CDD'. Les périodes de solitude et d'abstinence sexuelle conduisent à un recours accru aux sites de rencontres sur Internet ou aux 'nouvelles thérapies', qui se révèlent le plus souvent illusoires. Alors que, explique Marie-France Hirigoyen, la solitude peut apporter énergie et inspiration : à tout âge, la solitude choisie, tout en restant disponible à l'autre, est une source de plénitude, un moyen de sortir de la superficialité d'une société dominée par le narcissisme et le culte de la performance.

Introduction

  • Introduction
    • 1. Le sentiment de solitude
      • La perception négative des solitaires
      • La crainte du rejet et du néant
      • Des célibataires toujours plus nombreux
      • L’illusion de la recherche du partenaire idéal
  • I. Une impossible rencontre
    • 2. L’indépendance des femmes
      • Le travail, émancipation et contrainte
      • Le piège de la disponibilité
      • La revendication d’autonomie
      • La maturité des femmes du baby boom et la nouvelle solitude
      • Le choix de la solitude
      • La solidarité des femmes
      • Le désir d’enfant
    • 3. Le désarroi des hommes
      • L’insécurité des hommes
      • La crise des stéréotypes de la féminité et de la masculinité
      • Le manque d’autonomie
      • La difficulté d’être homme
      • Femme sous contrôle, passage à la violence
      • La difficulté d’être père aujourd’hui
    • 4. Les changements du couple
      • L’obligation d’amour, chemin vers la solitude ?
      • Méfiance de l’autre et persistance des stéréotypes
      • Le couple fusionnel
      • Les couples à autonomie limitée
      • Les couples non cohabitants
      • Autres modèles de couple et couples en CDD
      • Une polygamie successive
    • 5. Des relations de plus en plus dures
      • Reproches mutuels
      • L’infidélité, toujours difficile à vivre
      • Affronter la séparation
      • La dureté des ruptures
  • II. Seul dans un monde de performance
    • 6. Quand le travail fabrique de la solitude
      • Intensification du travail et sentiment de solitude
      • Être dur dans un monde de durs
    • 7. Les illusions de la communication et du virtuel
      • Entretenir l’illusion que l’on n’est pas seul
      • Les chimères du virtuel
      • La cyberdépendance
      • Une société onaniste
    • 8. L’emprise de la consommation et du narcissisme
      • L’individu sérialisé, centre du monde
      • Consommer pour exister…
      • L’injonction du bonheur
      • Banalisation de la perversion et fragilité narcissique
      • Les fausses recettes de l’« estime de soi »
    • 9. Les sites de rencontres
      • Du Chasseur français à Meetic
      • Il suffit d’un clic
      • Des partenaires jetables
      • Une sélection draconienne
      • Exigences et blocages
  • III. Les nouvelles solitudes
    • 10. Le désengagement
      • Fuir le désir pour éviter la souffrance de l’échec amoureux
      • Du désir de l’autre au désir d’être soi
      • S’éloigner d’un monde angoissant
    • 11. La vie sans sexe
      • La sexualité est-elle indispensable ?
      • Quand le désir s’émousse
      • La revendication de l’asexualité
      • L’asexualité n’est pas une névrose
    • 12. La capacité d’être seul
      • L’indispensable apprentissage de la solitude dans l’enfance
      • « Il vous faut aimer votre solitude »
      • Accéder à son intériorité
    • 13. La solitude choisie
      • Se ressourcer
      • Être soi-même
      • Une initiation
      • Les voyages initiatiques
      • Le choix des héros et des créateurs
      • Être disponible aux autres

Notes

15 Octobre 2012 : Bibliothèque Publique d'Information
"La solitude et l'amour", par

 Marie-France Hirigoyen est intervenue le lundi 15 octobre 2012 au cours d'un débat au centre Georges Pompidou à Paris sur le sujet "la solitude et l'amour". 

Retrouvez ce débat aux formats sonore ou vidéo ur le site internet de la Bibliothèque Publique d'Information (BPI) : http://archives-sonores.bpi.fr/index.php?urlaction=doc&id_doc=3585&rang=1

2 Juin 2008 : Le Devoir
Extraits de l'article parus dans le journal Canadien Le devoir, par Stephane Baillargeon

Un mariage sur deux se termine maintenant par une rupture, et les
relations se durcissent au travail comme à la maison. En France comme
ici, une personne sur sept vit seule, deux fois plus qu'il y a 30 ans.

[...]

"Au fond, la vraie difficulté, c'est d'accepter notre vulnérabilité à
une époque qui ne valorise que la performance et le rendement. Les
rencontres se tissent autour de cette fragilité humaine qui finit par
nous singulariser. Les clones n'intéressent personne.
"

[...]

"Nous sommes dans un monde où l'individualisme, prôné comme valeur
suprême, finit par isoler les individus. Cet isolement entraîne une
insécurité dans tous les domaines et une fragilisation des personnes.
"

[...]

Pour Marie-France Hirigoyen, le narcissisme aussi finit par composer
une sorte de réalité sociale totale, un point focal par où comprendre
les forces et les faiblesses de tout un type social. "Nous sommes à la
fois beaucoup plus libres, beaucoup plus fragiles et beaucoup plus
solitaires. Nous sommes passés de la sujétion brutale du patriarcat et
du paternalisme, à une sujétion beaucoup plus subtile de la marchandise
et de la compétition
."

[...]

Son panorama du couple contemporain, lieu de toutes nos grandes et
petites misères, multiplie les analyses fines et brillantes. Quand elle
écrit sur les relations de plus en plus dures entre les hommes et les
femmes, elle synthétise le désarroi des conjoints remplacés comme des
Kleenex avec cette phrase-choc: "La décision de préférer quelqu'un
d'autre est plus mutilante qu'un deuil, car c'est un jugement qui
écarte volontairement l'autre
."

1 Décembre 2007 : www.entreprise-progres.net
Les nouvelles solitudes, par

Nous avions eu la chance de recevoir la psychanalyste Marie-France Hirigoyen dans le cadre du chantier sur la peur en entreprise que nous menons avec la fondation suisse Ecophilos. Son dernier ouvrage, Les nouvelles solitudes, s’il ne traite pas exclusivement du monde du travail, consacre néanmoins tout un chapitre à la question des relations intra-personnelles au sein de l’entreprise. Car au côté des épouses délaissées par leur mari, des célibataires au bord de la dépression après dix ans de vide affectif, des adolescents scotchés à l’écran de leur ordinateur depuis leur plus tendre enfance, Marie-France Hirigoyen  rencontrent de plus en plus d’employés démolis par leurs conditions de travail. Non pas des gueule- noires éreintées par 25 ans de « charbon », mais des cadres ou employés progressivement isolés au sein de leur propre entreprise. « Même si ce n’est pas vrai dans toutes les entreprises, la tendance générale, constate-t-elle, est à l’éclatement des collectifs de travail et les espaces libres qui existaient autrefois sont désormais restreints au maximum ». Et de pointer du doigt les 35 heures qui ont contribué à intensifier les rythmes de travail ou l’individualisation des évaluations qui concourt à détruire la solidarité entre salariés.

La peur du chômage, « l’augmentation de la charge mentale », la place excessive du paraître et de l’image –propre à l’ensemble de la société contemporaine-, entraînent un stress propice au harcèlement moral ou au phénomène de « burn out ». À fleur de peau, le salarié peut très vite basculer dans le harcèlement, soit qu’il soit pervers, soit qu’il tente de se protéger et de protéger son image. « La moindre remarque entraîne des réactions épidermiques. L’importance donnée à sa propre image entraîne une fragilité narcissique qui amène certains à s’écrouler à la moindre critique d’un supérieur hiérarchique ou d’un ami ».  Une chute qui arrive d’autant plus vite, que le salarié ne trouve pas toujours auprès de sa famille le soutien qui peut lui faire défaut au sein de son job. 

Car le monde du travail n’est qu’un reflet parmi d’autres d’une société post-moderne où l’individu- et non plus la personne- se retrouve isolé bien que paradoxalement en communication immédiate et instantanée avec le monde entier.  « Seul dans un monde de performance », estime notre auteur. Le narcissisme débridé autorise à penser que nous sommes tous appelés à un bonheur absolu qui se confond dans nos sociétés occidentales avec une consommation à outrance. Consommation massive de biens –voir l’explosion du diabète et de l’obésité-, de loisirs, de relation affectives rassurantes –voir l’explosion des Technologies de l’Information et de la Communication ainsi que du communautarisme sous-toutes ses formes-, de sexualité compulsive –voir l’explosion de la pornographie et des sites de rencontre...

Tout apparaît possible, mais tout n’est pas possible. D’où l’épouvantable frustration que couve l’hyperactivité de notre société. Une société qui engendre par gros bataillons, des « frustré(e)s, qui n’ont pas compris que, pour grandir et devenir autonome, il fallait renoncer à la satisfaction de tous leurs désirs ». Ces mêmes frustrés- qui peuvent être chacun d’entre nous- que l’on retrouve sur le canapé des psychanalystes.

Le travail de Marie-France Hirigoyen se révèle tout aussi passionnant sur la nature humaine que terrifiant sur l’avenir d’une telle société. On se rassure alors en pensant que la société n’est pas totalement fondée sur le mode « consumériste et narcissique » et que ses réflexions ne sont que l’écho restreint des névroses de ses patients, une population par définition très ciblée… On se rassure comme on peut.

11 Novembre 2007 : Madame Figaro
Quand solitude rime avec liberté, par Danièle Laufer

Partir pour vivre seule, Cécilia l’a fait. Dans son dernier livre (1), la psychiatre Marie-France Hirigoyen affirme que nous sommes de plus en plus nombreuses à choisir la solitude. Et à aimer cela.

Pourquoi les femmes décident-elles de vivre seules ?

- Entre un couple qui leur pèse et une solitude qui leur offre l’indépendance, beaucoup aujourd’hui préfèrent choisir leur vie, même si c’est difficile au début, matériellement et moralement. Après des années de vie de couple, ces femmes ne renoncent pas pour autant à l’amour. Mais la solitude devient une étape nécessaire, assumée et non plus subie.

Voilà pourquoi vous dites qu’elles aiment la solitude…

- Aucune femme ne choisit d’emblée de vivre seule. Mais au fil des expériences, et parfois aussi des échecs, avec l’apprentissage de l’autonomie, elles découvrent ce plaisir, et ce n’est pas de la résignation. Quand on a apprivoisé la solitude, on y prend goût et on n’a pas toujours envie d’y renoncer. Même quand on rencontre un nouvel amour

De quoi est fait ce bonheur d’être seule ?

- De tranquillité, d’autonomie, d’espace. Le bonheur de lire le soir dans son lit et d’éteindre quand on en a envie. La découverte que l’on est beaucoup plus disponible pour de nouvelles rencontres amicales, sociales, voire professionnelles. Et puis, on retrouve la liberté que l’on avait plus jeune. La solitude peut offrir une seconde adolescence.