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Le Harcèlement Moral : la violence perverse au quotidien
© Éditions La Découverte & Syros, 1998

II est possible de détruire quelqu'un juste avec des mots, des regards, des sous-entendus : cela se nomme violence perverse ou harcèlement moral.

Dans ce livre nourri de nombreux témoignages, l'auteur analyse la spécificité de la relation perverse et met en garde contre toute tentative de banalisation. Elle nous montre qu'un même processus mortifère est à l'oeuvre, qu'il s'agisse d'un couple, d'une famille ou d'une entreprise, entraînant les victimes dans une spirale dépressive, voire suicidaire. Ces violences insidieuses découlent d'une même volonté de se débarrasser de quelqu'un sans se salir les mains.

Car le propre du pervers est d'avancer masqué.

C'est cette imposture qu'il faut dévoiler pour permettre à la victime de retrouver ses repères et de se soustraire à l'emprise de son agresseur. S'appuyant sur son expérience clinique, l'auteur se place en effet, en tant que victimologue, du côté des personnes agressées pour que le harcèlement qu'elles subissent quotidiennement soit pris en compte et nommé pour ce qu'il est : un véritable meurtre psychique.

Le sujet du harcèlement moral reste largement inédit en France.

D'où l'intérêt de ce livre remarquablement documenté, qui est aussi un guide pratique pour les victimes ou ceux qui veulent les aider (choix de la thérapie la mieux adaptée, étapes à court et long terme vers la guérison...) et pour les professionnels auxquels il propose une approche nouvelle. Mais plus largement, par son style clair et vivant, il intéressera tous ceux qui ne souhaitent pas rester indifférents face à ce problème de société.

Introduction

  • I. La violence perverse au quotidien
    • 1. La violence privée
      • La violence perverse dans le couple
      • La violence perverse dans les familles
    • 2. Le harcèlement dans l'entreprise
      • De quoi s'agit-il ?
      • Qui est visé ?
      • Qui agresse qui ?
      • Comment empêcher une victime de réagir
      • Le point de départ du harcèlement
      • L'entreprise qui laisse faire
      • L'entreprise qui encourage les méthodes perverses
  • II. La relation perverse et les protagonistes
    • 3. La séduction perverse
    • 4. La communication perverse
      • Refuser la communication directe 
      • Déformer le langage
      • Mentir
      • Manier le sarcasme, la dérision, le mépris
      • User du paradoxe
      • Disqualifier
      • Diviser pour mieux régner
      • Imposer son pouvoir
    • 5. La violence perverse
      • La haine est montrée
      • La violence est agie
      • L'autre est acculé
    • 6. L'agresseur
      • La perversion narcissique
      • Le narcissisme
      • Le passage à la perversion
      • La mégalomanie
      • La vampirisation
      • L'irresponsabilité
      • La paranoïa
    • 7. La victime
  • III. Conséquences pour la victime et prise en charge
    • 8. Les conséquences de la phase d'emprise
      • Le désistement
      • La confusion
      • Le doute
      • Le stress
      • La peur
      • L'isolement
    • 9. Les conséquences à plus long terme
      • Le choc
      • La décompensation
      • La séparation
      • L'évolution
    • 10. Conseils pratiques dans le couple et la famille
      • Repérer
      • Agir
      • Résister psychologiquement
      • Faire intervenir la justice
    • 11. Conseils pratiques dans l'entreprise
      • Repérer
      • Trouver de l'aide au sein de l'entreprise
      • Résister psychologiquement
      • Agir
      • Faire intervenir la justice 
      • Organiser la prévention
    • 12. La prise en charge psychologique
      • Comment guérir 
      • Les différentes psychothérapies

Conclusion

Bibliographie

16 Décembre 1998 : Le Canard Enchaîné
Effet et faits pervers, par Jean-Luc Porquet

Un ovni, même pas écrit par une star télé, absolument pas programmé pour devenir un best-seller, sans rien de croustillant, qui recueille soudain un succès inattendu: étonnant, non ? C'est qu'il a mis le doigt sur un point aveugle, la multiplication actuelle des actes de perversité dans le couple, la famille et (entreprise. Appelant un chat un chat, l'auteur en désigne les coupables : les "pervers narcissiques", et, se rangeant résolument du côté de leurs victimes (elle est psy, spécialiste en victimologie), nous montre, exemples vécus à l'appui, les dégâts qu'occasionnent ces ignobles personnages.

Si le pervers narcissique est nuisible, ce n'est pas vraiment sa faute: il "n'a jamais été reconnu comme un être humain". Du coup, pour exister, il doit se nourrir de la substance d'autrui. Grand séducteur, il envahit le territoire psychologique de l'autre, et le vampirise. Puis le déstabilise et le maintient dans un état de soumission. Dans le couple, cela provoque des divorces d'une violence inouïe, où se donnent libre cours une haine pathologique, une absence complète de culpabilité et une jouissance à faire souffrir celui qui a cherché à se défaire de l'emprise... Dans l'entreprise, venant sur fond de laxisme organisationnel, d'arrogance et de cynisme érigés en méthode de management, cela transforme les conflits en véritable harcèlement. Ça commence de façon anodine : "Dans un premier temps, les personnes concernées ne veulent pas se formaliser et prennent à la légère piques et brimades. Puis ces attaques se multiplient et la victime est régulièrement acculée, mise en état d'infériorité, soumise à des manœuvres hostiles et dégradantes pendant une longue période." La victime veut-elle se rebeller ? "On lui retire tout sens critique jusqu à ce qu'elle ne sache plus qui a tort et qui a raison." On la disqualifie, on la discrédite, on l'isole, on la brime, on la pousse à la faute, et, surtout, on refuse de nommer le conflit, de discuter ainsi "l'agresseur empêche une discussion qui permettrait de trouver une solution".

Sans doute (impact de ce livre tient-il d'ailleurs à ce que l'agresseur et l'agressé y sont clairement nommés; chose assez rare en ces temps où les agresseurs ont toujours de bonnes excuses de la veine "responsables mais pas coupables". Et s'il recueille pareil succès, c'est qu'il dévoile l'existence de souffrances jamais dites, de violences jamais endiguées, d'un monde du travail d'une brutalité archaïque. Un livre d'utilité publique, donc, mais gare à son effet pervers: quand on l'a refermé, on voit des pervers partout!

1 Décembre 1998 : Entreprise et Carrières
Le harcèlement moral, par Patricia Laurent

Les pratiques

Rumeurs, persécutions, brimades à répétition: de plus en plus de salariés sont victimes de violence morale sur leur lieu de travail. La psychiatre Marie-France Hirigoyen consacre un ouvrage à ce processus dévastateur.

Des salariés minés par le harcèlement moral

Dans une grande entreprise nationalisée, un cadre dirigeant dont on voulait se séparer s'est vu relégué dans un bureau à l'écart, sans mission, sans contact, avec un téléphone qui n'était plus connecté sur rien. Pas d'explications officielles. Il a préféré se donner la mort. Dans une P.M.E., c'est un directeur qui humilie, blesse et injurie les salariés en permanence, au nom du sacro-saint rendement. Ailleurs, c'est un salarié que l'on ridiculise et que l'on couvre de sarcasmes, jusqu'à ce qu'il perde totalement confiance en lui... Des exemples comme ceux-ci, Marie?France Hirigoyen, psychiatre et spécialiste en victimologie, en cite de nombreux dans son ouvrage "Le harcèlement moral" (1).

Des comportements dissimulés.

" Il ne s'agit pas de conflits mais de comportements, de paroles, d'actes ou de gestes répétés qui portent atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l'intégrité psychique ou physique", explique-t-elle. L'impact est d'autant plus fort que rien n'éclate jamais ouvertement: Le promus peut aller très loin: dépression, arrêt maladie, invalidité, démission... En Suède, certaines études estiment que 10% à 15% des suicides seraient des conséquences de la violence morale sur le lieu de travail, selon Marie-France Hirigoyen.
Dans un livre paru en début d'année (2), le psychologue Christophe Dejours dénonçait déjà la détérioration morale dans les entreprises. Pourquoi une amplification de ce phénomène? Marie-France Hirigoyen distingue deux explications. "Cela relève d'abord d'une évolution de la société. Après Mai 68, il y a eu une grande tolérance envers tous les comportements, y compris les comportements pervers dans le monde professionnel."

" II ne s'agit pas de conflits mais de comportements, de paroles, d'actes ou de gestes répétés qui portent atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l'intégrité psychique ou physique".

Autre raison, la course aux résultats qui suscite des méthodes de management de plus en plus dures. Peu importe, en effet, que les attitudes soient violentes, seule compte la réalisation des objectifs. Si certaines sociétés - où la compétition entre les salariés fait force de loi - sont davantage propices au harcèlement, les agresseurs se retrouvent dans toutes les catégories.

Une loi du silence.

"C'est une pathologie qui n'est pas seulement le fait des encadrants, poursuit Marie-France Hirigoyen. Mais, plus on monte dans la hiérarchie, plus les agressions sont sophistiquées et subtiles. Ce qui les rend moins repérables et donc plus difficiles à combattre." Comment réagir contre ces pratiques? Dans les entreprises, le silence est souvent de mise. "Les supérieurs laissent faire, car ils estiment que les salariés sont des adultes qui doivent régler leurs problèmes entre eux. Quant aux collègues, par peur ou par égoïsme, ils restent à l'écart."

Un coût social élevé.

Pourtant, le harcèlement a un coût social élevé: sous pression, la victime devient moins efficace, alors que l'agresseur, obnubilé par ses manœuvres, oublie l'intérêt de la société. Pour Marie-France Hirigoyen, les dirigeants doivent intervenir. "C'est à eux d'imposer certaines règles, une éthique dans la vie professionnelle pour montrer que toutes les attitudes ne sont pas tolérées." Les DRH et les médecins du travail sont également en première ligne pour écouter, chercher à comprendre et désamorcer: "Si quelqu'un est systématiquement moqué, laissé à l'écart, le DRH peut servir de médiateur. Sa position de créateur de lien social lui permet de jouer les intermédiaires."

(1) Le harcèlement moral, la violence perverse du quotidien, par Marie-France Hirigoyen Syros, 212 pages, 95 francs
(2) Souffrance en France, la banalisation de l'injustice sociale par Christophe Dejours Seuil. 192 pages,120 francs

2 Novembre 1998 : Le Quotidien du Médécin
Les dangers du harcèlement moral, par Dr Dominique BRILLAUD

Voilà déjà quelques années que la violence a commencé de gagner les vitrines des libraires. N'est-il pas logique que psychologues, sociologues, psychiatres et autres représentants des sciences humaines informent le public de ce qui devient pour eux une préoccupation croissante? Le livre de Marie-France Hirigoyen, psychiatre, psychanalyste, psychothérapeute, frappe pourtant particulièrement en exposant clairement les mécanismes et les redoutables conséquences d'une violence feutrée, "perverse"; qu'elle appelle "le harcèlement moral".

Aux yeux de la victimologue qu'est l'auteur, il est temps que la société cesse de se montrer "aveugle devant cette forme de violence indirecte" dont la Tatie Danielle du film d'Etienne Chatiliez est un plaisant exemple, mais qui relève d'une "perversion morale" à reconnaître et à dénoncer.
Dès son introduction, Marie-France Hirigoyen donne vie en quelques paragraphes à ces pervers qui savent si bien, par un processus inconscient et remarquablement efficace, martyriser leur entourage tout en se faisant passer pour victime, ce qui leur évite tout conflit intérieur, toute culpabilité. Sans doute les psychiatres décèlent-ils parfois la perversion à l'œuvre, mais trop souvent, semble-t-il, ils s'en méfient tant qu'ils préfèrent se tenir à distance, au grand dam de la victime. Celle-ci en effet a bien du mal à dire sa souffrance, à la rapporter à sa cause première, soit les attaques souvent sournoises, cachées, indirectes du pervers... et à trouver compréhension et aide.

Tueur psychique

Pourtant, les choses peuvent aller, dans un tel contexte, jusqu'au "meurtre psychique". hauteur n'hésite pas à rapprocher de tels pervers des tueurs en série, dans la mesure où dans les deux cas, "il s'agit de prédation, c'est-à-dire d'un acte qui consiste à s'approprier la vie".
II ne faudrait pas pour autant, sous prétexte d'alerter contre un mal trop souvent caché, faire naître trop de vocations de victimes prêtes à dénoncer leur conjoint ou leur supérieur comme tueur psychique. L'auteur le précise à plusieurs reprises : il ne faut pas confondre les réactions perverses que chacun peut développer une fois ou l'autre pour se défendre, avec le comportement répétitif et systématique du pervers.
Pour mieux familiariser son lecteur avec les relations perverses qu'elle veut mettre au grand jour, l'auteur va détailler, exemples à l'appui, cette "violence perverse au quotidien", si difficile à déceler; en effet, seule la répétition de "petits actes pervers ...si quotidiens qu'ils paraissent la norme" permet de dévoiler des individus par ailleurs souvent fort bien adaptés socialement, mais qui "jonchent leur parcours de cadavres ou de morts-vivants". Elle montre comment dans un couple, entre parents et enfants, peuvent s'établir par petites touches, par déstabilisations successives des relations de pouvoir ou plutôt d'abus de pouvoir, dont la victime a d'autant plus de mal à se sortir qu'elle-même se demande si elle n'est pas la vraie responsable de sa souffrance.

Des victimes piégées

Dans l'entreprise, si "les procédés de harcèlement sont beaucoup plus stéréotypés que dans la sphère privée", ils sont peut-être d'autant plus développés aujourd'hui que les victimes osent de moins en moins souvent quitter leur emploi et que les harceleurs trouvent souvent une certaine complaisance, voire la complicité de l'entourage. Refuser la communication directe, disqualifier sa victime de toutes les façons possibles, la discréditer systématiquement, l'isoler, la brimer, la pousser à la faute, la harceler sexuellement sont autant de moyens d'exercer un pouvoir abusif sur un collègue, un subordonné, un supérieur hiérarchique. Tout ce que peut faire ou dire la victime pour relâcher la pression perverse qui s'exerce sur elle finit par se retourner contre elle.
hauteur refuse avec énergie que l'on banalise de tels comportements, sous prétexte qu'il n'y a pas de bourreau sans victime ou que les victimes sont celles, inévitables, de la crise économique. Les victimes ne sont pas consentantes, mais piégées, explique-t-elle, et il faut incriminer "le laxisme organisationnel" qui, dans trop d'entreprises, laisse le champ libre aux harceleurs.
C'est ensuite en psychologue d'expérience que l'auteur analyse les mécanismes qui sous-tendent les cas cliniques qu'elle a décrits.
La séduction perverse assure l'emprise sur la victime et précède l'instauration de modes de communication d'une violence d'autant plus conquérante qu'elle sait se cacher sous les masques les plus divers et les plus anodins. "La phase de haine apparaît au grand jour lorsque la victime réagit, qu'elle essaie de se poser en tant que sujet et de récupérer un peu de liberté."
Qui est donc cet agresseur dangereux ? Un pervers narcissique dépourvu de toute empathie pour les autres, un quasi-vampire qui a besoin de se nourrir de la substance de l'autre, un mégalomane qui ne veut pas voir ses failles et impute aux autres ce qui ne va pas...

Ne pas agresser en retour

Même si les comportements du pervers reflètent une profonde souffrance, d'accès difficile, c'est bien à la victime que l'auteur entend porter secours. La première étape pour la victime est de repérer le processus, ce qui suppose de bien connaître les tactiques, le mode de fonctionnement du pervers, en évitant soigneusement d'agresser en retour - le rêve de l'agresseur. Pour tenir tête, résister, il faudra trouver les soutiens adaptés souvent, la justice, rarement, une personne de l'entourage direct, souvent, un psychiatre ou un psychothérapeute, un médecin du travail, un responsable sachant écouter... Guérir, après avoir subi de telles entreprises de destruction, n'est pas facile. L'auteur attache beaucoup d'importance à la psychothérapie quel que soit son type, plus dépendant de la personne et des circonstances que de la supériorité d'une méthode ou d'une autre. Et c'est sur un appel à la réaction de nos sociétés, qui "sous prétexte de tolérance" tendent à laisser le champ libre à la loi du plus fort, que l'auteur clôt son ouvrage.

30 Octobre 1998 : L'hebdo (la vie ouvriere - CGT)
Le harcèlement moral, par

On peut détruire quelqu'un à coup de sous?entendus et de malveillances quotidiennes. A l'ouvre dans l'entreprise, ces violences perverses et insidieuses sont analysées par Marie-France Hirigoyen, psychiatre, psychanalyste.
Dans les pays nordiques, on appelle cela le " mobbing " ou psychoterreur sur le lieu du travail. Marie?France Hirigoyen le décrit comme "des procédés indirects de destruction insidieuse d'une personne visant à porter atteinte à sa dignité, de façon répétée, constante et sur une longue période. C'est complètement différent des accrochages, d'un abus de pouvoir ou d'un conflit où les choses sont nommées. Là, la victime ne sait pas ce qu'on lui reproche".
Du harcèlement horizontal au harcèlement vertical M.?F. Hirigoyen repère deux formes de harcèlement moral "le harcèlement horizontal, entre collègues, et le harcèlement vertical, de la hiérarchie vers un subordonné, plus rarement l'inverse". Le point de départ du harcèlement émane souvent "d'un individu pervers narcissique pour qui 1 autre ne compte pas en tant que personne. Il va entraîner dans son sillage tous les individus qui ne sont pas vraiment déterminés". Le harcèlement vertical procède "au vu des différents témoignages, d'une plus grande utilisation de procédés de management très durs, sans état d'âme. Il y a une perte du respect de l'individu. On considère l'entreprise comme une machine. En montrant l'exemple de ce non?respect, on va amener les autres salariés à ne plus respecter l'autre". Or, le harcèlement a un coût humain et financier pour l'entreprise. Le laisser perdurer est "absolument contre-productif".

De l'humiliation quotidienne

Petites phrases assassines, sous-entendus, ragots, pressions permanentes, isolement, disqualification... la palette du harceleur "totalement dépourvu de compassion et imperméable à toute notion de culpabilité", est infinie. Son bût : "Amener l'autre à se dévaloriser, le transformer en pion à disposition. Les paroles sont souvent anodines, mais répétitives. Les autres salariés se détournent de la victime, de peur d'être à leur tour l'objet des attentions du harceleur." , Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce ne sont pas les "tire?au?flanc" qui vont faire l'objet de brimades et d'agressions répétées. "Au contraire", insiste M. F. Hirigoyen, "les personnes visées ne sont pas faibles, mais très investies dans leur travail et veulent donner une bonne image d'elles?mêmes. C'est aussi pour cela qu'on peut les accrocher car à chaque remarque, elles se remettent en question".
"Si le harcèlement se poursuit, ce sont d'abord des troubles psychosomatiques qui apparaissent. Puis la personne se déprime, n'est plus en état de faire son travail, perd de sa confiance en soi. Si le harcèlement dure trop longtemps, les victimes sont persuadées qu'elles ne valent plus rien. Ce qui peut les conduire au suicide. D'où la nécessité d'une psychothérapie pour les aider à se reconstruire.

Conseils pratiques pour les victimes

Si l'hostilité s'installe sur une longue période, "si l'on sent son intégrité physique ou morale menacée, on peut penser qu'il s'agit de harcèlement moral". La victime devra donc accumuler des traces, noter les injures. Parler et s'assurer le concours de témoins "dans la mesure des possibilités", trouver de l'aide dans l'entreprise : "s'adresser rapidement au syndicat s'il existe, interpeller sa hiérarchie, en parler au médecin du travail". Résister psychologiquement est fondamental: éviter de tomber dans les provocations, se faire préciser les ordres donnés, se soigner si nécessaire sans tarder. Faire intervenir la justice est également possible "tout en mesurant bien due le harcèlement moral n'est pas nommé dans la loi à la différence de la Suède, l'Allemagne, les USA ou l'Italie. Seul le harcèlement sexuel, prolongement du harcèlement moral, est depuis peu pénalement réprimé". Il existe cependant un devoir de protection du salarié par l'employeur sur le lieu de travail. L'inspecteur du travail peut être saisi, le CHSCT aussi.

4 Octobre 1998 : Le Monde des Initiatives
Pression psychologique, par Daniel Urbain

"Un individu peut réussir à en démolir un autre..." et en particulier s'il est pervers, c'est-à-dire s'il ne peut exister qu'en cassant quelqu'un: voici la trame du livre de Marie-France Hirigoyen, psychiatre et psychanalyste, qui démonte les mécanismes de ce processus et indique les parades possibles.

Ce harcèlement peut s'exercer dans la vie quotidienne, familiale, mais aussi dans l'entreprise. C'est ce dont traite une partie de l'ouvrage en apportant un éclairage utile sur les scénarios qui peuvent se jouer. Le harcèlement moral dans l'entreprise est reconnu dans la législation d'un certain nombre de pays, mais pas en France (sauf quand il s'agit de harcèlement sexuel). L'auteur plaide donc pour l'insertion de clauses de protection dans les règlements intérieurs et les conventions collectives, ainsi que de normes juridiques dans le code du travail. Mais elle fait justement remarquer que les instances spécialisées (inspection du travail, etc.) sont surtout sollicitées à propos de risques physiques et que les responsables syndicaux, qui savent intervenir pour négocier des indemnités de licenciement, sont moins à l'aise dans la compréhension des relations individuelles. Elle propose qu'ils soient formés en ce domaine et qu'ils puissent, comme les DRH, s'appuyer sur des outils relationnels.

1 Septembre 1998 : Challenges
Sous l'emprise du petit chef, par Marie-Dominique Lelièvre


Le travail peut vraiment être un enfer, surtout en temps de crise. Et victimes et bourreaux n'ont pas toujours les profils attendus.

Le harcèlement au travail est une technique aussi ancienne que le travail lui-même. II est, depuis le début de la décennie, étudié par les chercheurs anglo-saxons sous le nom de mobbing -de mob : foule, plèbe. Et les médecins du travail s'y intéressent de plus en plus: la crise économique en augmente les méfaits. Marie-France Hirigoyen, psychiatre et... victimologue, a étudié cette guerre psychologique dans l'entreprise. Les résultats de ses travaux sont surprenants: bizarrement, bourreaux et victimes n'ont pas les profils attendus.

Qui sont les victimes?
De fortes personnalités. Elles ne sont pas choisies chez les faibles. Lorsqu'une personne réagit à l'autoritarisme d'un chef et refuse l'asservissement, elle peut devenir la cible du harcèlement. Il peut aussi être déclenché par l'envie: beauté, jeunesse, richesse, aisance, diplômes, attributs dont le chef est dépourvu.

Le profil de l'agresseur?
Nouvelle surprise: un fragile... Le harceleur est une personne à l'identité incertaine, qui craint de perdre le pouvoir. Pour se rassurer, il a besoin de dominer: horaires extensibles, surcharge de travail dans l'urgence, contrôles incessants, exigences incohérentes. Selon Marie-France Hirigoyen, la crise accentue les complexes d'infériorité: nombre d'employés ont un niveau d'études supérieur ou équivalant à celui de leur chef... ce qui déstabilise ce dernier. Incapable de se remettre en question, le petit chef n'éprouve aucun sentiment de compassion. En cassant l'autre, il restaure l'estime de soi.

Comment se débarrasser de quelqu'un sans se salir les mains?
Marie-France Hirigoyen décrit la méthode. Elle distingue deux phénomènes: l'abus de pouvoir et la manipulation perverse. On stresse la victime, on la houspille, on la discrédite, on l'isole, on la surveille, on la chronomètre afin qu'elle se sente an permanence sur le qui-vive. "De toutes ces agressions, on ne meurt pas, mais on perd une partie de soi-même." Point essentiel, le conflit n'est jamais avoué: l'agresseur refuse d'expliquer son attitude. Ce déni paralyse la victime qui ne peut se défendre. Dans le registre de la communication perverse, il faut empêcher l'autre de penser, de comprendre, de réagir. Et comme rien n'est dit, tout peut être reproché.
La psychoterreur installée, ainsi que la nomme le Suédois Heinz Leymann, chercheur en psychologie du travail, la victime est stigmatisée aussitôt qu'elle  craque: on la dit difficile à vivre, caractérielle. Le jeu du harceleur consiste à mettre l'autre en faute en suscitant sa colère ou son désarroi. Déstabilisé, empêché d'être performant, le harcelé finit par prêter le flanc aux critiques. Il est alors facile de s'en séparer pour incompétence ou faute professionnelle.

Comment se défendre?
En Suède, le harcèlement moral est un délit depuis 1993. II est reconnu en Allemagne, aux Etats-Unis et également en Australie. "En France, la seule solution est l'arrêt de travail", note l'auteur, qui conseille de signaler les provocations au médecin du travail. Ce style de management, notons-le au passage, n'est pas des plus efficaces: un employé heureux est un employé productif.